lundi 26 novembre 2012

Alliance socialiste et indépendantiste (partie 2)


Le mythe de Lévesque

Option nationale est né de la crise du Parti québécois. Comme la connaissance d’un phénomène renvoie souvent aux causes qui lui ont donné naissance, les tensions qui animent ON trouvent leur sens dans les contradictions du PQ qui l’ont engendré. Le fait que le jeune parti revienne aux sources de son prédécesseur, avec un projet souverainiste assumé, un nationalisme ouvert et une social-démocratie solide, n’est pas anodin. S’il n’est que la peau neuve d’une vieille idée, il risque de reproduire les mêmes difficultés qui ont conduit à l’échec des derniers référendums. On peut évidemment attribuer ces déroutes à des facteurs extérieurs non négligeables (manipulation, craintes irrationnelles, influences économiques douteuses, immaturité du peuple québécois, etc.), ou à un manque de volonté des leaders souverainistes (la tête dirigeante du PQ jouant le rôle du bouc émissaire). Mais des contradictions internes peuvent également expliquer les obstacles endogènes de la logique souverainiste traditionnelle.

René Lévesque voulait créer une alliance entre tous les souverainistes, de gauche à droite, des indépendantistes durs aux souverainistes mous et électoralistes. Socialistes et technocrates, conservateurs et socio-démocrates discrets, devaient cohabiter dans un large navire en espérant gagner le pouvoir au gré des conjonctures politiques. Cette attitude peut être résumée par le slogan d’Aussant : « avant d’être de gauche ou de droite, il faut d’abord Être ». Cet argument ontologique, largement rhétorique, masque un paradoxe qui trouve ses racines dans le débat qui opposa Pierre Bourgault et René Lévesque. Voici un extrait d’une intéressante analyse de Marc-André Cyr, faisant suite à la crise du PQ :

« Bourgault affirme qu'il ne faut pas modeler le programme du parti à l'humeur des gens, mais, bien au contraire, s'atteler à les convaincre que ce programme est le meilleur qui soit. Ce type de discours — comme bien d'autres prononcés par Bourgault — déplaît à René Lévesque, qui prône plutôt une stratégie électoraliste et un programme modéré. (…) Progressivement, le Parti québécois a soumis la « souveraineté » au parti et le parti aux élections. Il a dénoyauté le projet pour le réduire à ses dimensions « réalistes ». Plutôt que de transformer la société afin de rendre la souveraineté possible, il a dilué la souveraineté afin de la rendre compatible aux humeurs changeantes et contradictoires de l'opinion publique. À partir de 1995, le renversement est complet. Le PQ ne veut plus prendre le pouvoir pour faire la souveraineté, mais au contraire, parle de souveraineté — le moins possible en fait — afin de prendre le pouvoir.

Nous aurions pourtant tort de réduire cette dérive à la mauvaise foi ou au manque de volonté des seuls acteurs politiques. Depuis la fondation du Parti québécois, la vaste majorité des partis sociaux-démocrates d'Occident ont effectué un important virage à droite. Les idéaux, plus que jamais, ont cédé la place à la rationalité mathématique des technocrates. Résultat: notre univers politique est aseptisé au profit de programmes politiques similaires en de nombreux points. C'est ce contexte qui a finalement eu raison du projet de souveraineté. Soumise à la fois aux aléas de la politique spectacle et du capitalisme mondialisé, les moyens et les fins de la souveraineté se sont progressivement vidés de leur contenu et de leur sens. »

Cette hypothèse explicative des déboires du projet souverainiste est particulièrement riche et intéressante. ON serait probablement d’accord avec ce diagnostic du déclin du PQ, mais n’en partagerait pas les mêmes conséquences que Québec solidaire. Au lieu de repenser le discours indépendantiste à nouveaux frais parce que le projet de la grande coalition serait compromis dès le début, il y verrait plutôt l’affaiblissement d’un idéal souverainiste valide en soi, muselé par l’égoïsme des politiciens et l’individualisme rampant d’une société déroutée. La solution serait la réconciliation des intérêts économiques et nationaux (d’où l’enthousiasme suscité par le discours économiciste d’Aussant), et la redécouverte de l’identité québécoise enfouie sous la colonisation culturelle canado-américaine (qui explique la popularité du verbe de Catherine Dorion).

Autrement dit, ON propose une critique culturelle du problème québécois, à laquelle le parti apporte une solution étatiste, seule capable réaliser l’essence de la Nation. Comme le peuple est un et dépasse les questions socioéconomiques particulières, il est normal que la souveraineté de l’État doive primer sur les divisions sociales. Pour répondre à ce discours, il faut montrer que le débat gauche/droite ne peut pas être dissocié du problème de la souveraineté, sans quoi tous les partis souscrivant à l’approche de Lévesque risquent d’assujettir l’indépendance aux caprices de l’électorat pour tenter de le séduire.

La phobie de la gauche

Le principal reproche des militant(e)s d’ON à l’endroit de QS est le fait que le second mélange deux questions distinctes (sociale et nationale), une telle erreur de catégorie pouvant réduire les chances de réussite du projet souverainiste. La gauche accentuerait la division, alors que l’indépendance porterait l’unité en germe. S’il est clair que le débat entre progressistes et conservateurs est explosif, la souveraineté ne fait malheureusement pas consensus. Les nationalistes pourraient répliquer en soutenant que l’indépendance est virtuellement rassembleuse, car elle sert l’intérêt de tous les québécois, toutes classes confondues. Il n’y aurait donc pas lieu de faire reposer la souveraineté sur les intérêts d’un groupe social particulier, ce qui constituerait une complication inutile.

Comme l’indépendance est une valeur qui peut être également portée par la gauche et la droite, la gauche ne pourrait se réclamer d’être la seule protectrice de celle-ci. Mais QS ne revendique pas le monopole de la question, il propose seulement de la formuler de manière progressiste. La gauche ne renvoie pas au contenu de l'indépendance (une Constitution socialiste par exemple), mais à la forme du processus indépendantiste (démocratie participative et souveraineté populaire pour l’un, souveraineté nationale des élites pour l’autre). QS n’identifie pas son projet social à la souveraineté, mais considère la seconde comme la condition pour réaliser pleinement une société libre, égalitaire et écologique. Il n’y a donc pas lieu de confondre le programme politique dans son ensemble et la stratégie souverainiste, les deux dimensions demeurant distinctes. Mais celles-ci doivent être articulées, et non simplement juxtaposées comme dans le cas d’ON. Les politiques sociales ne devraient pas être une simple décoration au goût du jour, mais le complément pratique d’une indépendance progressiste.

Un autre argument évoque le fait que l’accession à l’indépendance suppose l’arrivée au pouvoir d’un parti souverainiste, et que la gauche déplaît (malheureusement) à une bonne partie de la population. Il faudrait donc opter pour un programme modéré, capable de rallier les souverainistes de droite. Malheureusement, les souverainistes de droite risquent fortement de ne pas être convaincus par un programme social-démocrate tel qu’esquissé par ON, de sorte qu’il devrait diluer son programme progressiste au profit de l’opinion publique changeante. Cette option nous reconduit donc à la stratégie électoraliste du PQ.

Si ON défend coûte que coûte l’idée de Bourgault selon laquelle « il ne faut pas modeler le programme du parti à l'humeur des gens, mais, bien au contraire, s'atteler à les convaincre que ce programme est le meilleur qui soit », au niveau de la question nationale, pourquoi ne ferait-il pas de même à propos de la justice sociale? Alors que QS défend un discours bourgaultiste sur le plan social social et national, et que le PQ soutient une approche lévesquiste cohérente, ON mélange les deux discours en proposant une souveraineté pour les purs et durs tout en voulant rassurer les électeurs inquiets par les perturbations potentielles de la gauche. En toute logique, le jeune parti nationaliste devrait se rallier à la grande coalition du PQ, s’il tient mordicus à son projet d’indépendance par-delà les contradictions gauche/droite et les difficultés liées à une prise de pouvoir majoritaire. Pour l’instant, ON peut rester « pur », mais il risque de rencontrer les mêmes difficultés s’il devient un jour aussi gros et mûr que le PQ.

À l’inverse, ON pourrait opter pour la stratégie radicale de l’indépendance, qui est plus risquée mais représente la voie des « caribous », étiquette donnée aux indépendantistes téméraires en mémoire des caribous qui ont péri dans la rivière Caniapiscau en 1984. « Tout commence en 1968, dès les premiers jours du parti. À partir de ce moment, et l'aile gauche du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) avait mis ses militants en garde, le projet «indépendance et socialisme» est officiellement mis à l'écart du programme. Issu de la fusion entre les libéraux et le Ralliement national, le PQ exclut, dès ses origines, toute forme de changement plus ou moins radical. Cette épithète — et le fait n'est pas anecdotique — est désormais réservée aux purs et durs. » Marc-André Cyr

Transformations de la gauche

La principale raison de l’impopularité de la gauche indépendantiste est une méconnaissance de l’échiquier politique. On suppute parfois que la gauche prône l’interdépendance et non l’indépendance, valeur traditionnellement défendue par la droite. Tout d’abord, l'indépendance dont il est question ici renvoie à la souveraineté de l'État, et non à la liberté individuelle. Si on oppose souvent la collectivité à l’individu, le bien public à la sphère privée, l’État au marché, le communisme au capitalisme, il faut dépasser ces oppositions abstraites et reconnaître des conceptions antagonistes de liberté et d’égalité.

La gauche prône l'émancipation individuelle et collective, dans tous les sens du terme : sur le plan culturel (anti-colonialisme), politique (souveraineté populaire et participative), économique (justice sociale). La gauche défend l'auto-détermination des peuples, celle du peuple québécois comme celle des Premières Nations. La gauche ne met pas seulement l'accent sur l'interdépendance et l'égalité en oubliant l'individu, sauf lorsqu'elle tombe dans un collectivisme vulgaire. Jaurès disait à ce titre même que « le socialisme est l'individualisme logique et complet ». La droite défend plutôt l'indépendance individuelle et formelle, c'est-à-dire la liberté négative, réduite à l'homo economicus et à la propriété privée. La gauche soutient plutôt la liberté réelle et positive des citoyens, la non-domination et l'autonomie, basée sur l'égalité des ressources qui permet à tous les individus de mener la vie de leur choix.

Le discours de la gauche reste pourtant attaché à certaines images issues de son histoire, qu’il faut retracer pour éviter de confondre le mythe et la réalité. Le sens de la gauche « moderne » se retrouve dans l’évolution des sociétés industrielles qui ont été marquées par de profondes divisions entre classes dominantes (capitalistes) et dominées (prolétaires), ce qui explique l’importance des discours socialiste, marxiste et anarchiste qui désiraient émanciper la classe ouvrière du capitalisme (approche révolutionnaire), ou encore les discours syndicaliste, social-démocrate et keynésien qui souhaitaient redistribuer la richesse en régulant l’économie de marché (approche réformiste). Avec l’arrivée des sociétés postindustrielles marquées par la révolution des nouvelles technologies d’information et de communication, les transformations du travail (postfordisme), la mondialisation néolibérale et les risques accrus liés au progrès technoscientifique, l’axe gauche/droite reçoit une nouvelle signification.

Dans La société du risque, Ulrich Beck souligne le fait que l’enjeu principal de notre époque n’est plus la redistribution des biens matériels produits par la croissance économique, mais la sélection, l’allocation et la prévention des risques inhérents au progrès technique accéléré. Le nucléaire, les biotechnologies, les changements climatiques et une série de nouveaux enjeux transcendent les clivages gauche/droite et affectent toutes les classes sociales confondues. La formule « la pénurie est hiérarchique, le smog est démocratique », résume l’idée de l’ubiquité des risques et la complexité inhérente de toute forme de développement, qu’il soit socialiste ou capitaliste. Cela ne veut pas dire que les individus privilégiés sont aussi vulnérables aux risques que les groupes minoritaires et défavorisés, mais qu’il n’est plus possible de résumer le mouvement de l’histoire par la lutte des classes.

Cette série de transformations rétroactives explique en partie le déclin du mouvement ouvrier et syndical, et l’apparition des nouveaux mouvements sociaux (pacifistes, féministes, écologistes, altermondialistes) qui ne militent plus seulement en fonction de revendications matérielles (hausses salariales), mais aussi pour des questions culturelles et identitaires, ancrées dans des discours d’autonomie, de qualité de vie et de valeurs postmatérialistes. Les mouvements de libération nationale (catalan, écossais, québécois) s’inscrivent dans cette tendance, qui s’articule davantage dans la société civile, la rue et la contestation, que les urnes et les institutions traditionnelles. L’hétérogénéité de ces mouvements s’explique aussi par la multiplicité des enjeux qui recouvrent la destruction des conditions d’existence qui sont menacées par la croissance économique frénétique.

La gauche postindustrielle repose ainsi sur une pluralité d’acteurs luttant pour le bien commun, attaqué par le néolibéralisme qui procède à un vaste pillage des ressources naturelles (surexploitation, brevetage du vivant) et cognitives (marchandisation du savoir), qui accentue « l’accumulation par dépossession » (David Harvey). Cette nouvelle gauche ne repose plus seulement sur la première contradiction du capitalisme entre forces productives et rapports de production (travail/capital), mais sur la deuxième contradiction entre rapports de production et conditions d’existence (capital/nature). C’est pourquoi la gauche ne se réduit plus à l’unique classe ouvrière, et s’adresse maintenant à tous les citoyens soucieux de l’avenir des écosystèmes et des générations futures. Les mouvements pour la justice sociale et environnementale sont inséparables ; le socialisme sans écologie, tout comme l’écologie sans socialisme, sont des non-sens.

Une indépendance réflexive

Cette réarticulation du schème politique fournit une clé permettant de repenser la gauche indépendantiste. Il ne s’agit plus de simplement opposer les syndicats aux entrepreneurs, le public au privé, les ouvriers aux capitalistes en voulant préserver l’État-providence contre les ravages de l’austérité et du néolibéralisme, bien que cela soit encore nécessaire pour contrer la montée affolante des inégalités sociales. Ce conflit doit maintenant s’inscrire dans un débat plus large, la société devant réfléchir sur l’orientation et la limitation du développement qui menace l’intégrité de la société et de la nature. La gauche ne doit pas se définir par la simple redistribution des richesses, mais par le développement conscient de la société, soumis à la lunette démocratique et la participation citoyenne, par opposition à une croissance incontrôlée assurée par la classe politique professionnelle et les adeptes de l’autorégulation du marché. Le débat droite/gauche peut être reformulé comme suit : 1) ou bien nous avons une économie de marché désencastrée de la société et de la nature, aidée par un État faiblement représentatif voué à la promotion de la croissance infinie dans un monde fini ; 2) ou bien nous limitons collectivement le développement économique en lui fixant démocratiquement des finalités éthiques, politiques et écologiques.

Cette dernière option ne nécessite pas pour autant une grande révolution planétaire, mais une extension importante de l’opposition, la participation et la délibération critique, ce qui est déjà en cours. Le mouvement écologiste a fortement contribué à innover sur le plan des dispositifs délibératifs (assemblées citoyennes, mini-jurys, forums, etc.), permettant de réarticuler les rapports de pouvoir entre habitants et experts, acteurs de la société civile, bureaucrates et promoteurs industriels. La contestation des discours, l’espace public, l’autonomie des mouvements sociaux par rapport à l’État, tous ces thèmes mettent l’accent sur la nécessité de reconstruire la société par-delà les sphères administrative et marchande, grâce au travail associatif, collaboratif, délibératif et critique.

Une indépendance réflexive doit ainsi s’enraciner dans un travail conscient et discursif, qui favorise l’échange, la participation et la délibération politique, en prenant compte des enjeux écologiques, sociaux, culturels, etc. La souveraineté ne peut être érigée en finalité suprême, mais doit reposer sur une réflexion collective et démocratique qui remet en question les rapports de domination politique et économique. L’origine de la gauche ne se retrouve pas dans le socialisme étatique, mais dans le projet d’autonomie et la démocratie. Bertrand Russell disait que le socialisme est l’extension de la démocratie, passant de la sphère politique (révolution bourgeoise, égalité formelle, État de droit), à la sphère économique (révolution socialiste, égalité réelle, République populaire). Jaurès disait que « la grande Révolution a rendu les français rois dans la cité et les a laissé serfs dans l’entreprise ». Il faudrait donc s’assurer que la souveraineté du Québec nous rende véritablement maîtres chez nous, et pas seulement dans les urnes!

L’unité factice de la Nation unitaire

Le mythe de Lévesque sur lequel est basé ON peut être résumé comme suit : la souveraineté du Québec aurait pour objet l’indépendance de l’État, qui serait identifiée à tort avec l’émancipation du peuple québécois. La stratégie souverainiste pourrait donc se limiter au travail des urnes, qui devrait mettre en parenthèses les conflits internes qui animent la société, au profit d’une unité nationale qui devrait assurer le salut collectif du Québec. Or, cette stratégie est inefficace d’une part, car elle soumet l’indépendance nationale à la conquête du pouvoir, et cette conquête aux caprices des électeurs. Elle est douteuse d’autre part, car la perspective d’une émancipation réelle doit être écartée pour assurer la cohabitation entre exploitants et exploités, groupes dominés et classes possédantes qui ne partagent pas les mêmes espoirs et inquiétudes sur notre avenir incertain, menacé par la crise économique, institutionnelle et écologique.

Selon cette logique, il faudrait taire le débat social pour mieux se concentrer sur la question nationale, en mettant de côté la délibération démocratique sur la nature du projet souverainiste qui risquerait de semer la discorde. Vaudrait mieux jouer à l’autruche et faire valoir que l’indépendance serait « également bénéfique » pour tous les québécois et québécoises, sans tracer dès maintenant les contours de la forme d’une société future. Le débat gauche/droite pourra reprendre après l’indépendance, une fois que nous serons quelque chose, alors que maintenant nous ne sommes rien et ne pouvons anticiper notre avenir au-delà de la création d’un État. C’est pourquoi l’argument ontologique d’Aussant, qui résume l’idée d’une grande coalition monothématique et non-réflexive, constitue une impasse pratique et démocratique. Et ce mythe repose à son tour une conception dépassée de la représentation politique.

…Suite dans la partie 3…

mardi 23 octobre 2012

Alliance socialiste et indépendantiste (partie 1)


Introduction : la politique comme discours

La politique ne se réduit pas à l’exercice du pouvoir et à la sphère de l’État, mais embrasse toute forme de réflexion et d’action collective prenant part dans l’espace public. Celui-ci est un lieu de délibération et de contestation, où plusieurs acteurs individuels et collectifs expriment des idées, critique des décisions, et mettent en pratique des valeurs pour orienter le développement de la société. La politique est fondamentalement un jeu de discours. Un discours est un ensemble de croyances et pratiques, de suppositions et dispositions partagées, enracinées dans le langage. Il assemble des bouts d’information en formant des touts cohérents qui permettent d’interpréter la réalité, sous forme d’idéologies, cultures, cadres de référence ou visions du monde.

Les discours sont à la fois des portes et des fenêtres ; ils se referment parfois en systèmes rigides, mais s’ouvrent également sur d’autres discours qui peuvent les contester et les faire évoluer. Pour certains (comme Foucault), le discours possède une structure contraignante qui conditionne la pensée et les comportements de ceux qui l’adoptent (souvent inconsciemment), le savoir et le pouvoir se trouvant intimement mêlés dans des agencements d’énoncés et de stratégies. Pour d’autres (comme Habermas), les discours assurent la reproduction symbolique du monde vécu, et s’enracinent dans des processus communicationnels qui rendent possible la critique et la compréhension intersubjective. À la fois prisons et tremplins de l’émancipation, les processus discursifs donnent vie à la sphère démocratique, à condition qu’ils demeurent ouverts et continuent de s’examiner mutuellement.

Le discours est donc une construction historique et dynamique, composée de mythes, symboles, images, idées structurantes, arguments rhétoriques, attentes, préjugés et comportements déterminés, qui suscitent l’adhésion ou l’aversion. Le discours n’est pas un bloc homogène, une structure abstraite et désincarnée, mais un agencement pluriel sensible aux affinités et aux répulsions, capable de coopération ou de compétition avec d’autres discours. C’est un processus intellectuel et affectif, qui suscite l’identification à une personne, un groupe ou un ensemble d’idées, réelles ou imaginaires, et permet à ses membres de souscrire à la même logique. Il faut donc porter une attention particulière sur la culture des formes politiques (et non seulement s'attarder à leurs idées apparentes), afin de découvrir les différences réelles entre celles-ci, au-delà des ressemblances que comportent leurs propositions particulières.

Option nationale et Québec solidaire

Un exemple intéressant de cette similitude/dissemblance est celui des deux partis progressistes et indépendantistes, Option nationale (ON) et Québec solidaire (QS). Malgré le fait que les deux entités se ressemblent sur plusieurs points et que certaines personnes voudraient les assimiler, le chef Jean-Martin Aussant ne tarda pas à écrire une remarque intéressante sur son mur Facebook pour répondre à ces adversaires : « L’humain et le chimpanzé ont 99% de gènes communs, et pourtant pas du tout les mêmes objectifs. ON n’est pas QS. D’accord Amir? :-) »

Cette boutade a le mérite de mettre le doigt sur un phénomène politique récurrent : le narcissisme des petites différences. Ce concept freudien sert à expliquer les oppositions qui surviennent entre des entités qui apparaissent comme identiques ou similaires à première vue. Mais cette différenciation dans la ressemblance nécessite une analyse et une critique sérieuse des nœuds de démarcation entre discours, pour faire avancer la réflexion, chercher de nouveaux adhérents chez son adversaire, le placer au pied du mur ou créer des alliances avec lui. Le but de ce texte est d’éclairer les articulations complexes entre les discours progressistes et indépendantistes de la sphère politique québécoise, à travers l’analyse comparative de deux partis voisins. Sont-ils de faux-amis, au sens linguistique du terme, c’est-à-dire deux mots de langues différentes dont la ressemblance formelle suggère l’équivalence, mais qui présentent des différences de sens et d’emploi grammatical, de sorte qu’ils ne peuvent être traduits l’un par l’autre?

L’analyse discursive ici développée s’enracine dans une position critique, où le sujet ne peut faire complètement abstraction de son propre horizon. L’auteur se fonde sur le discours solidaire, mais reste conscient de son propre schème d’interprétation. Comme il est en partiellement insatisfait par son propre parti, il tente de dépasser son discours en essayant de comprendre celui de l’autre. Cette fascination d’un solidaire pour ON découle de la reconnaissance de soi dans l’autre, et de la reconnaissance de l’autre en soi. Il est plus facile de se comprendre en connaissant ce qui nous distingue et nous rapproche de l’autre, et vice-versa. Cela s’explique par le fait que le discours n’est pas d’abord un monologue en vase clos, mais un processus communicationnel, social et intersubjectif. Il s’affirme par ses relations, positives et négatives, aux autres formations discursives.

Un débat décisif

Une conséquence importante de cette perspective est que le débat entre deux petits et nouveaux partis (QS et ON) permet d’éclairer de nombreux enjeux fondamentaux pour l’avenir politique du Québec. Après les résultats ambigus des élections de l’automne 2012, il est urgent de dégager les conditions et les contraintes relatives à une alliance, sans quoi les principales forces progressistes resteront des adversaires, alliés périodiquement contre tous les autres partis aspirants au pouvoir. Il est nécessaire de comprendre ce qui plaît et déplaît aux membres de chaque parti, en découvrant les raisons objectives et les motivations subjectives de leur adhésion particulière.

Au lieu d’insister sur le rôle des chefs et l’analyse superficielle des campagnes électorales, l’analyse concrète du discours des acteurs constitue une approche beaucoup plus éclairante pour dégager la culture et la vision de chaque formation. Pourquoi les nationalistes n’aiment-ils pas les solidaires, et réciproquement? Leurs discours sont-ils apparemment ou fondamentalement incompatibles? Les divergences stratégiques sont-elles dues à des différences idéologiques profondes? Peut-on et doit-on modifier celles-ci pour créer une nouvelle force politique, un résultat dynamique issu de la conjonction de deux discours complémentaires sur l’avenir du Québec?

Les discours politiques ne sont pas de simples jeux de mots ou des visions abstraites, mais des idées incarnées et en devenir, qui changent le cours de l’histoire. Pour dépasser le clivage entre matérialisme marxiste et idéalisme hégélien, nous pouvons prendre l’analogie de l’ordinateur. Les règles formelles constituent le hardware institutionnel (structures économiques et étatiques, système juridique et législatif, etc.), tandis que les discours représentent des softwares institutionnels, des logiciels permettent de traiter l’information, réaliser des opérations et interagir avec le système. Lorsque le système matériel surchauffe, que l’économie capitaliste et la démocratie libérale sont en panne, nous avons affaire à une crise des institutions qui relève à la fois des impératifs d’accumulation et de légitimation.

C’est pourquoi les discours qui visent à changer le hardware (les règles du jeu), tant sur le plan politique qu’économique, sont aujourd’hui absolument nécessaires. L’importance des discours est manifeste, car ils servent d’interface à la transformation de la société, même s’ils sont contraints et en partie déterminés par la structure qui les sous-tend. Contrairement aux vieux et principaux partis (PLQ, PQ et CAQ) qui proposent différentes mises à jour d’un système d’opération désuet, QS et ON ont le mérite de vouloir créer une nouvelle machine à partir de l’ancienne. Bien que les métaphores informatiques aient une limite, la critique suivante constitue un benchmark des discours respectifs de chaque parti, c’est-à-dire un banc d’essai permettant d’évaluer la validité, la robustesse et l’efficacité des systèmes qui entendent remplacer le modèle politique québécois actuel.

Les défis d’Option nationale

Option nationale est situé au milieu des pôles représentés respectivement par Québec solidaire et le Parti québécois, tant sur le plan économique (QS étant à gauche, ON au centre-gauche, le PQ au centre) que souverainiste (Assemblée constituante pour le premier, LIT pour le second, gouvernance pour le troisième). ON partage des airs de famille avec ses adversaires sur de nombreux aspects, mais se démarque par des traits distinctifs, tant par l’image que sur le fond. Il constitue une sorte de compromis ou d’entre-deux, qui demeure toutefois instable pour de nombreuses raisons. Moins à gauche que QS mais plus indépendantiste que le PQ, sa jeune existence, ses faibles moyens et la non-réélection de Jean-Martin Aussant l’obligent à préciser son identité et à démarquer son projet, qui risque à tout moment d’être recoupé par ses principaux rivaux.

Le principal défi d’ON réside dans le fait qu’il ne pourra probablement pas survivre indéfiniment, à cause de la pression constante des autres partis en place. Le contexte politique crée donc un trilemme, où trois possibilités ne peuvent se réaliser simultanément (QS vs ON vs PQ). À long terme, le diagramme des forces (la puissance et la position relative des acteurs dans l’échiquier politique), fait en sorte qu’ils ne pourront coexister éternellement dans un même espace compact ; ils devront s’unir, se repousser ou se détruire d’une manière ou d’une autre, même s’il est difficile pour l’instant de quantifier les probabilités de réalisation de chaque scénario.

Les possibilités à long terme sont les suivantes : 1) QS+ON vs PQ ; 2) QS vs ON+PQ ; 3) QS vs ON ; 4) QS vs PQ. Ce trilemme suppose que la possibilité d’un front uni (QS+ON+PQ) est improbable, du moins sous la forme d’une grande alliance où les trois partis se partageraient l’ensemble des circonscriptions de manière équitable et sans friction. Le système de compétition partidaire, renforcé par le mode de scrutin uninominal à un tour, structure le champ des stratégies possibles pouvant être incarnées par les acteurs naviguant dans la démocratie libérale québécoise.

C’est pourquoi l’analyse des discours politiques doit tenir compte de l’environnement social dans lequel ils prennent part. Les conjonctures et les contraintes systémiques limitent l’action politique, mais représentent également des leviers sur lesquels des alliances et des stratégies variées peuvent s’appuyer pour tourner la situation à l’avantage des différents joueurs. Au-delà de l’opposition entre structure et acteurs, c’est leur interrelation dynamique qui détermine l’orientation des opportunités politiques, des mondes possibles accessibles à partir de la réalité actuelle. Si l’avenir est riche en potentialités, il faut néanmoins regarder attentivement les faiblesses du présent, les crises, les failles et les interstices, dans lesquels pourrait surgir un dénouement imprévisible. La compréhension du maillon le plus instable, c’est-à-dire du parti qui risque à tout instant de faire basculer l’équilibre des forces, pourrait nous donner la clé d’interprétation de l’horizon politique québécois. Les défis d’Option nationale expriment donc, en condensé, les obstacles que nous devrons collectivement affronter.

L’image du discours

ON est un jeune parti issu de la crise du PQ, un organe dissident qui fait du nouveau avec du vieux. Son chef, Jean-Martin Aussant, a réussi à raviver la flamme indépendantiste, attirer de jeunes candidats enthousiastes, défendre rationnellement et concrètement le projet souverainiste et les politiques progressistes, dans un discours amusant et captivant. L’image du parti est donc très positive et franche, elle va droit au but. C’est pourquoi ON a rapidement réussi à se tailler une place, en déclenchant l’étincelle chez de jeunes militants (20-35 ans) qui s’impliquèrent pour la première fois en politique.

Le caractère intuitif des arguments, l’identification rapide au chef, sympathique et rationnel, pragmatique surtout, de même que les capsules vidéos du web 2.0., faciles à comprendre et convaincantes, tous ces facteurs expliquent en bonne partie le succès immédiat mais limité de ce nouveau parti. Le discours utilitaire et économique, couplé à la ferveur et le franc-parler des militant(e)s et candidat(e)s (dont Catherine Dorion), représentent les ingrédients réunis d’une recette gagnante, dans l’air du temps. ON suscite l’adhésion spontanée et naturelle des nouveaux participants, plutôt qu’une affiliation réfléchie et critique. C’est un atout, mais à double tranchant, qui obscurcit la logique sous-jacente du parti, c’est-à-dire ses présupposés.

D’une certaine manière, QS est l’image renversée d’ON. Le premier suscite moins facilement l’adhésion que le second, car il demande un travail critique préalable, un processus de réflexion plus long et plus complexe. ON est plus simple et pédagogique (user-friendly), mais plus superficiel que son adversaire, beaucoup plus complexe et raffiné. QS demande presque un mode d’emploi pour les novices, car il doit défaire des préjugés et expliquer ce que sont le féminisme, l’écologisme, le néolibéralisme, l’histoire complexe de la gauche et la droite, l’altermondialisme, etc. QS est plus lourd que son rival, évident pour ses militant(e)s mais contre-intuitif pour les autres, ce qui explique qu’il suscite une vive réaction chez ses détracteurs. Mais il demeure plus robuste et complet qu’ON, comme nous allons le voir plus tard.

Avantages d’une alliance

Ainsi, chaque parti a les qualités et les inconvénients que l’autre n’a pas! C’est pourquoi il serait utile d’allier deux discours complémentaires en bonne partie, qui s’adressent respectivement à l’homo economicus chez ON (économie et efficacité), et l’homo civicus pour QS (politique et justice sociale). Ces deux aspects sont distincts mais ne sont pas séparés, car ils se retrouvent dans chaque individu qui doit articuler ces exigences en tension continue. Au lieu d’aller chercher deux types d’électeurs bien définis, il faudrait plutôt tenter de convaincre l’ensemble de la population par différentes raisons, utilitaires et normatives, qui ne s’excluent pas toujours mutuellement. Autrement dit, il ne faut pas attribuer à chaque parti l’obligation de porter une seule vertu particulière, comme si la totalité sociale pouvait être partagée en factions qui la représenteraient séparément, l’universel ne pouvant se réaliser que par l’affrontement incessant de ses composantes.

Par ailleurs, QS et ON se démarquent des partis dominants par leur appartenance à la nouvelle génération en puissance. Ils tirent des aspects complémentaires de la génération Y, contre le cynisme et l’anti-égalitarisme de la génération X (CAQ-ADQ), et le besoin de confort et de sécurité défendus par le PLQ et le PQ, qui se font champions de l’alternance et du vieux consensus. Mais le fossé générationnel ne désigne pas d’abord deux groupes d’âge homogènes (les baby boomers vieillissants gavés par TVA d’une part et la nouvelle génération branchée sur les réseaux sociaux d’autre part), bien qu’un tel écart représente une approximation sociologique intéressante. Il s’agit d’abord de deux modes de pensée antagonistes qui traversent tous les âges : le premier est tourné vers la transition écologique, la collaboration participative, l’adaptabilité créative et une compréhension renouvelée de l’indépendance collective (ouverture sur le monde), alors que le second reste prisonnier de la société de consommation, des hiérarchies politiques et économiques (parlementarisme vieux jeu et capitalisme sans vergogne), et du repli identitaire (dont le nationalisme de la CAQ et les radio-poubelles constituent le paroxysme).

Cette description sommaire distingue évidemment deux idéaux-types, c’est-à-dire des simplifications théoriques permettant d’interpréter certains phénomènes sociaux qui traversent tous les âges. Des quinquagénaires socialistes et féministes militent pour Québec solidaire, et des jeunes comme Arielle Grenier s’impliquent dans le Réseau Liberté-Québec. Il faudrait donc distinguer une vieille gauche (social-démocratie, syndicalisme corporatiste) et une nouvelle gauche (altermondialisme, nouveaux mouvements sociaux), une vieille droite (PLQ) et une nouvelle droite (libertarienne), un vieux souverainisme (PQ) et un nouvel indépendantisme (ON et QS). Tendanciellement, les vieux partis sont destinés à mourir ou à se renouveler tranquillement, alors que les nouveaux partis sont voués à joindre leurs forces pour créer une force politique réellement alternative. C’est de cette dernière option dont il sera question.

L’intégration stratégique des deux principaux partis générationnels représente une voie intéressante, chacun pouvant corriger les faiblesses de l’autre sans écraser ses convictions. La formation politique émergente pourrait avoir une aile socialiste (nouveau parti de gauche, constitué par QS), et une aile républicaine (nouveau parti indépendantiste, formé par ON), qui seraient formellement distinctes mais réellement unies. Jean Duns Scot entend par différence formelle la distinction entre deux essences ou attributs, présentes dans une même substance. Ce concept s’oppose à la différence réelle qui suppose l’existence de deux entités séparées, et à la différence conceptuelle, qui idéalise des aspects d’un même objet indécomposable. La première différence est réelle mais abstraite, la seconde réelle et concrète, alors que la troisième est non-réelle et abstraite.

Entre l’unité homogène d’un parti et la séparation de deux entités (accidentellement reliées par les conjonctures électorales), la qualité d’une nouvelle formation politique découlerait de sa capacité à faire la synthèse hétérogène et dynamique des questions progressistes et indépendantistes. Elle pourrait jumeler la structure (hardware) de QS avec l’interface (software) d’ON. Le nouveau parti serait la synthèse d’un moteur réflexif robuste et d’une pédagogie ergonomique. De plus, la division du travail politique éviterait la perte de ressources (en termes de temps, d’argent et de motivation), causée par la dispute de deux entités semblables qui cherchent constamment à s’emparer quasiment du même électorat. L’activité conjointe de deux bases militantes distinctes rationaliserait ainsi le processus de création d’une nouvelle force progressiste et indépendantiste, tout en se dotant dune nouvelle image combinant les meilleurs éléments des deux partis.

Freins de l’harmonie

Derrière ce projet aux allures utopistes, d’une simplicité pratique évidente, se cache d’importantes difficultés théoriques. Si les exigences pratiques et stratégiques réclame une unification, la rationalisation conceptuelle (mise en cohérence) des discours est loin d’être facile. C’est la principale raison du scepticisme de la plupart des militant(e)s de QS et ON, qui pensent qu’une alliance serait objectivement une bonne chose pour amener la victoire, mais sentent qu’il y a un fossé dans la vision, la culture politique, les arguments, les pratiques organisationnelles, les valeurs, les préjugés, les aspirations et les craintes de chaque parti. Comment deux plateformes politiques, si semblables par ailleurs (gauche indépendantiste pour l’un, nationalisme social-démocrate pour l’autre), peuvent-elles être si éloignées idéologiquement?

L’explication de cette proximité intellectuelle et de ce fossé affectif se trouve dans l’art des détails, du travail d’explicitation et d’interprétation des principes constitutifs implicites dans le cœur de chaque parti. Au-delà de la réconciliation abstraite de l’image de chaque formation, nous devons nous assurer de la compatibilité de fond des principales questions en jeu, soit la question sociale et économique (axe gauche/droite) et la forme politique du projet d’indépendance (stratégie d’accession à l’indépendance). Ces deux nœuds de démarcation sont liés, et font l’objet de désaccords fondamentaux chez QS et ON.

La double contradiction d'Option nationale

Pour sortir de l’impasse, il faut cibler les contradictions de chaque proposition, afin d’éviter des erreurs monumentales qui pourraient être causées par des solutions mal formulées et peu réfléchies. Einstein disait qu’il faut rendre les choses aussi simples que possible, mais pas trop simples, et Whitehead ajoutait qu’il fallait rechercher la simplicité, mais s'en méfier! Dans cet ordre d’idées, la critique ici proposée sera celle du simplisme de la stratégie d’Option nationale, que ce soit sur le débat gauche/droite ou la question de la souveraineté. Le premier problème renvoie au mythe de René Lévesque, alors que le second repose sur le mythe du LIT. Le mythe de Lévesque désigne l’illusion du dépassement de la question socioéconomique, tandis que le mythe du LIT résume les contradictions de la stratégie représentative, ces deux erreurs étant largement répandues dans le mouvement souverainiste.

La pertinence de la critique suivante est double. D’une part, ON se démarque de QS par sa réponse à la question de la gauche, mais il doit endosser la thèse de Lévesque pour ce faire. Or, cela obligerait ON à rejoindre la position du PQ, ce qui entrainerait sa disparition comme forme politique distincte. D’autre part, ON se distingue du PQ par sa stratégie souverainiste particulière et prononcée. Cependant, l’approche du LIT n’est pas fondamentalement différente de la stratégie péquiste, et sombre dans les mêmes difficultés. Ainsi, ON porterait une double contradiction qui l’obligera tôt ou tard à se rallier à l’une des deux seules positions valides : l’indépendance de rupture (QS), ou la souveraineté de continuité (PQ). Cette argumentation vise à pousser ON au pied du mur : il devra opter pour la souveraineté populaire et délibérative, ou choisir la souveraineté nationale et représentative.

...Suite dans la partie 2...

Ébauche d’une théorie critique des vertus démocratiques

1. La démocratie inclut cinq grandes dimensions complémentaires et interdépendantes: la participation, la délibération, la représentation, l...